Thème n°26 :
DE LA SCULPTURE SUR HUMAIN…
Souvent je dis que c’est ce que je fais. Cela n’a vraiment rien de péjoratif. Parce-que je pense qu’avec un travail adapté, on peut sculpter le corps en fonction des exigences de la danse classique.
Là où je sais que nombre de professeurs prennent les élèves tels qu’ils sont, et donc ne réussissent qu’avec ceux pour lesquels obtenir les lignes classiques est naturel.
Bien évidemment, nous ne sommes pas des magiciens et ne faisons pas de miracles. Le professeur n’est qu’un outil, tout dépend de ce qu’en fait l’élève. Et on ne peut « fabriquer un danseur » totalement !
Il n’empêche. J’ai moi-même été surprise de constater les métamorphoses chez certains catalogués « pas doués », et les impasses infranchissables chez certains très doués. Tous les élèves admis dans les écoles qui sélectionnent sur les capacités physiques ne deviennent pas danseurs, loin de là !
En ne sélectionnant que sur le physique, on se trompe souvent, … et on passe à côté de talents.
Mais je reconnais que c’est plus facile d’avoir des élèves présentant les qualités requises naturellement, la sélection ensuite se fait sur l’intelligence de la danse, la capacité de travail. Exit tous ceux qui n’ont pas l’un et l’autre. Il le faut bien, car il n’y a pas de place pour tout le monde. 2% des élèves se préparant à la carrière réussiront. Oui, 2% ! Tout comme dans toute carrière artistique, c’est le pourcentage. C’est documenté !!
Alors pourquoi s’embêter ?
Je n’en sais rien. Sauf que quelque chose me pousse à aller au-delà de l’amateurisme auto-satisfait, les petits cours peinards où l’on fait plaisir aux enfants et aux parents, pas grave si c’est moche, le costume fait le boulot, après tout ils font cela pour s’amuser. Le mercantilisme est bel et bien derrière tout cela, inutile de le nier.
Et nos valeurs, notre esthétique, notre essence ? Et si parmi tous ces « pratiquants loisirs » il y en a un, un seul, qui aurait pu, s’il avait eu dès le début la formation adéquate ?
Puisque nous avons les connaissances qui nous permettent d’enseigner une danse qui élève et magnifie les physiques et les esprits, pourquoi en rester au bas de gamme ?
Je n’en sais rien non plus, sauf que ce n’est pas pour moi. Fait ainsi ce métier ne m’intéresse pas !
Ma « fierté » c’est d’avoir conduit à la carrière des jeunes qui n’étaient pris dans aucune école d’Etat, parce que pas le physique, ou trop en retard, ou ayant trop de lacunes. J’en ai conclu que c’était mon chemin. Comme par hasard, j’ai eu peu d’élèves très doués, et la plupart de ceux-ci m’ont déçue.
Ma « fierté » c’est aussi tous ces superbes amateurs qui dansent très bien même s’ils n’en ont pas fait leur métier, et qui gardent la Danse et ses valeurs dans leur cœur et leur âme pour leur vie entière. Eux aussi avaient droit au meilleur.