Thème n°30 : DEUX CHOSES DIFFICILES
Une autre de mes phrases fétiches :
" IL N’Y A QUE DEUX CHOSES DIFFICILES EN DANSE CLASSIQUE : LE PLIE ET LE DEGAGE ! "
J’aime beaucoup ces illustrations ludiques mais très bien faites, qui démontrent bien la complexité des positions, et tout ce qu’il faut maîtriser pour qu’elles soient justes
Rien n’est plus vrai ! Puisque tout PART de ces deux mouvements.
On s’imagine que dans les cours de « grands » il faut absolument faire des choses difficiles et rapides, alors que c’est exactement le contraire. Plus notre niveau est avancé, plus on peut aller lentement, et plus on peut (et doit) perfectionner les mouvements de base. Seulement les élèves l’ignorent bien sûr. Et si on ne le leur explique pas…
Ils se croient très forts parce qu’ils font très mal des choses très dures.
Une de mes amies s’est mise en colère le jour où une élève lui a sorti : « Mais on sait le faire, ça, on l’a déjà fait ! » Je la comprends, moi non plus je n’aurais pas aimé du tout. Il convient d’éveiller dès le début la CONSCIENCE de nos élèves à ce que l’on attend d’eux. Et c’est là que se détacheront aussi ceux qui aiment vraiment cette discipline, et ceux qui ne sont vraiment pas faits pour ça, et qui s’épanouiront dans autre chose. De toute façon ces derniers finiront par arrêter, alors le plus tôt est le mieux. Je sais que ce n’est pas très commercial ce que je dis là. Mais les élèves, il faut savoir en perdre. On en perd un qui n’a rien à faire là, et on en gagne dix…
Donc, dès que c’est possible, faire comprendre que ces deux mouvements de base et apparemment fastoches et sans intérêt, sont PERFECTIBLES à L’INFINI. Chaque jour le danseur étoile retravaille inlassablement ses pliés et ses dégagés, car il sait bien que de ceux-ci dépend la réussite de la grande technique.
Je n’ai jamais dit qu’il fallait ne faire que ça. Il faut le savoir, c’est tout.
Les jeunes enfants, disons plus ou moins avant huit ou neuf ans, n’améliorent pas beaucoup, une fois qu’ils ont « fait » il faut passer à autre chose. C’est le moment d’engranger les connaissances, tout en vérifiant quand-même comment c’est réalisé, et en les préparant à, dès que possible, avoir envie de répéter pour faire mieux.
Après, disons entre dix et douze ans, là au contraire, ils deviennent avides, c’est le moment de foncer.
Ensuite à l’adolescence, avec toutes les transformations qui interviennent dans leur corps, ça ralentit, ils peuvent même régresser, d’autant qu’ils commencent à être impatients de tout maîtriser et faire des choses de « grands ».
Puis ça repart ! (Si on a réussi à les garder)
Il faut tenir compte de tout cela dans la manière d’aborder les choses.
En quoi on améliore le plié et le dégagé (ou battement tendu, ou pointé, comme vous voulez) Cela vous le savez, je suppose. En affinant placement, verticalité, force, sensations ….….. Il y a beaucoup de sortes de pliés et de dégagés, en fonction de ce qu’on veut faire après : sauter, relever, se déplacer, tourner.
Et nous en revenons à l’œil, Le Vôtre.
Comme tous les mouvements partent de là (avec le coupé), si ça cloche au départ, ça ne peut que mal finir, non ?
Je précise encore : C’est avec ces mouvements que l’on s’entraîne à ne pas lâcher l’en-dehors, lorsque l’on commence à bouger. Et c’est juste l’essentiel. Les élèves font des positions (plus ou moins) en-dehors, et dansent allègrement en-dedans.
De temps en temps, dès qu’on sent que cela est possible, que les élèves vont nous suivre dans notre exigence, (ou même si ce n’est que certains d’entre eux) : faire des dégagés et des pliés sur 8 temps aller et 8 ans retour.
Chez moi cela passe très bien avec les grands. Car ils savent ce que j’attends d’eux. Cela ne nous empêche pas de faire des fouettés et tutti quanti ! Mais revenir sans cesse aux fondamentaux est nécessaire car ils ne sont jamais acquis définitivement.
Chez les grands, (surtout en loisir, et comme chez les pros), il faut toujours que les trois premiers exercices soient dans la lenteur et le placement senti et corrigé. Plutôt que d’expédier une barre à toute vitesse pour faire plus de milieu, comme j’ai vu parfois.
J’ai pu constater mille fois qu’une fois l’élève placé, la technique coule de source. Alors que sans avoir travaillé les bases, tout se déglingue et on passe son temps à faire la chasse aux défauts (ou pas …., d’ailleurs !)
MAIS, je parlais récemment des « danseurs de barre », qui se cassent la figure au milieu. Car attention à ne pas substituer l’accrochage pour parvenir à une FORME visuellement satisfaisante, au vrai ressenti de l’élève ! Notre métier est plein de pièges en fait. Les Contemporains d’une certaine époque, je parle là des débuts du DE, nous ont assez bassiné avec le fait qu’en classique on ne s’intéressait qu’à la forme, ce qui est une vision totalement fausse et réductrice. La forme, c’est la finalité, elle découle d’une formidable maîtrise.
Dans ces deux mouvements fondamentaux que sont le plié et le dégagé, il faut être vigilant sur :
– Les appuis
– La proprioception
– L’alignement du corps
– Les trois articulations : hanche genou cheville
– Pour le dégagé, ou le plié sur une jambe, la différenciation jambe de terre jambe libre.
J’espère avoir été assez compréhensible, car tout ce que je souhaite transmettre est fondé sur la pratique et le pragmatisme, non sur des théories ou des dogmes. N’hésitez pas à me communiquer vos interrogations, ou vos doutes !! A bientôt.