Thème n°31 : Les sauts
On ne saute pas simplement avec ses pieds, ses jambes, on saute avec tout le corps.
Mais pas n’importe-comment. Là aussi, du placement dépend l’esthétique.
Et l’effort et l’élan ne doivent pas se voir. Tout comme pour les levers de jambe, le mouvement ne doit pas déformer le corps.
Lors de l’apprentissage, il y a tant de choses à vérifier…
C’est bien au début de faire enlever les chaussons pour voir comment se comportent les orteils, la voûte plantaire, et cela permet une meilleure proprioception aux enfants, et lorsqu’on les remet, leur demander de ressentir ce que font leurs pieds dans les chaussons, comme s’ils n’en avaient pas.
Et bien sûr, en-dehors oblige, surveiller -obliger les élèves à surveiller- ce que font chevilles et genoux, et bassin. Il faut se rendre aérodynamique, donc, aligné. Donc, musculature de posture, toujours les mêmes points à tenir quoi qu’il arrive : bas-ventre et sous les fesses, avant, pendant, après.
Les regarder de profil quand ils sautent est indispensable… Les défauts vont nous sauter aux yeux !
La propulsion : Plier et pousser, bien évidemment. Attention aux talons, à l’arrivée et au départ du saut. La propulsion part du talon, s’il n’est pas ancré dans le sol, on perd la moitié de la force. C’est le talon qui va transmettre aux métatarses et aux orteils la poussée. C’est bien de travailler cette propulsion un pied après l’autre, sans sauter, pour rendre le pied réactif. Ou aussi assis, les deux pieds à plat sur le mur, repousser celui-ci le plus fort possible, en partant des talons. Les enfants adorent.
Ceux dont le tendon d’Achille est court auront plus de mal, et voudront absolument soulever les talons. Ils doivent faire des exercices pour allonger et surtout assouplir le tendon, en 6ème face à la barre. Cela fonctionne. On peut améliorer son plié !
Ça c’est pour le bas ! Mais ça ne suffit pas. Si le haut du corps appuie vers le bas, ou même seulement la tête, ou même seulement le regard, cela entrave le saut. Tout le corps s’engage dans le saut, mais pas de la même manière. Le haut du corps doit être détaché, porté, indépendant du bas, ne pas peser. C’est la fameuse « double direction ». Là encore plein d’exercices ludiques, à deux en particulier, permettent de ressentir cette séparation qui doit se faire au niveau de la taille.
J’en profite pour dire à quel point il est important de faire en permanence le lien entre les exercices qu’on leur fait exécuter, et la danse !! Car je constate sans cesse que les élèves ne le font pas d’eux-mêmes. Quand on fait un exercice il faut toujours bien expliquer à quoi il sert, et le rappeler sans cesse lors de l’exécution des pas ou enchaînements. Car si c’est évident pour nous ça ne l’est pas pour eux…
Quand on saute, les bras ne sautent pas ! ne bougent pas. Impossible si l’on ne PORTE pas ses bras. On ne peut se contenter de les tenir dans la position, il ne faut pas qu’ils pèsent. Il ne faut pas qu’il y ait de résonance en haut de ce qui se passe en bas.
Lorsqu’il y a port de bras pendant un saut, prenons en exemple le temps levé en arabesque, ce sont les bras qui commencent et dirigent, ils ne s’ajoutent pas passivement ! Le saut est un envol, l’idée est de chercher à attraper quelque chose en haut. Le saut commence par le haut du corps, qui entraîne le bas. (Tout d’ailleurs commence toujours par en haut). Et on devrait davantage en tenir compte dans l’apprentissage des bases : arrêter d’apprendre d’abord les jambes, pour y ajouter les bras, ce qui n’est pas logique.
Le premier saut que j’apprenais aux petits est ce que j’appelle le saut « oiseau », un soubresaut en 6ème ou en 1ère qui part de l’élan des bras comme si on voulait s’envoler.
Bien sûr, et pour complexifier encore les choses, la force ne devant pas être prise en haut, la ceinture scapulaire doit être placée et fixée vers le bas, ce qui contrarie quelque part l’élévation du haut du corps, il faut monter la taille tout en appuyant les épaules, qui ne doivent pas non plus accompagner le mouvement des bras. Les épaules font partie du buste et non des bras.
La suspension : c’est la capacité (de mon temps on appelait ça « le ballon »), à se maintenir en l’air avant de redescendre, certains l’ont naturellement, grâce à une certaine qualité de leur fibre musculaire, mais c’est assez rare. C’est bien pour cela que l’auto grandissement, la double direction sont indispensables à acquérir. Les jambes ont la force et propulsent, le haut du corps reste « accroché » dans l’air. Pas de souci, de toute façon on va retomber, alors inutile de le faire volontairement.
Ce qui doit être montré, c’est la montée, et non la descente. Souvent après un exercice de sauts, on n’a vu que les retombées…
La conscience de sa respiration est aussi très importante, et doit aider. Tant d’élèves sautent en apnée !
L’élévation des grands sauts doit se faire dans l’inspiration. Dans toutes les séries de sauts il faut continuer de respirer normalement et régulièrement.
Beaucoup d’élèves aussi sautent en regardant par terre ou en baissant la tête. Forcément, ça n’aide pas !!! Le regard doit être à la hauteur que l’on ambitionne d’atteindre !
L’atterrissage : Par la pointe, le bout de la pointe, bien-sûr, et toujours.
Ceci est valable pour tout : dès qu’un pied quitte le sol, c’est pour se pointer, et tant qu’il n’a pas retrouvé celui-ci, il est tendu au maximum. Cela s’expérimente à la barre pour prendre confiance.
Et comme je le disais précédemment, la descente se fait d’elle-même, nous devons nous focaliser sur monter, rester, et freiner.
Je n’ai pas parlé ici des techniques différentes selon les sauts : petits, grands, pour le travail du pied, pour l’élévation, la rapidité… des différents rythmes et accents, des corrections adaptées à chaque famille de sauts, car ce serait trop long…
Il s’agit juste dans ce chapitre des généralités à connaître pour aborder les sauts, et des défauts et difficultés les plus fréquents.
Et toujours dans la bonne humeur !